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50 ans d'amitie franco-chinoise

[Bernard Brizay] ALAIN PEYREFITTE : LE PLUS ILLUSTRE DES SINISANTS

Je veux commenter  Bernard Brizay 2014-02-04 11:49:13    Source:chine-info.com

Nul mieux qu’Alain Peyrefitte n’a suivi les divers épisodes de la reconnaissance de la République populaire de Chine par le général de Gaulle en janvier 1964. (Voir notre article sur ce sujet).

Son livre au titre prémonitoire, Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera, (dont la première édition a été publiée chez Fayard en 1973, à la fin de la révolution culturelle) s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires, hors Club du Livre et le Livre de Poche. Cet immense, cet incroyable succès de librairie – tout à fait inattendu – a eu le mérite d’attirer l’attention des Français (et des Occidentaux) sur la Chine. Un intérêt – et une mode – qui ne se sont jamais démentis depuis, bien au contraire.
Déjà, divers auteurs et voyageurs s’étaient essayés à écrire sur la Chine de Mao Zedong, depuis 1949, dont Simone de Beauvoir, Vercors, Claude Roy, Nikos Kazantzakis, Edgar Faure, Alberto Moravia, et Maria-Antonietta Macchiotti, K.S. Karol et Kenneth Galbraith, Robert Guillain, Tibor Mende, Etiemble, etc.
Tous avaient effectué des séjours d’une durée comparable - quelques semaines, parfois moins – mais aucun de leurs livres ou reportages n’a eu l’impact de celui d’Alain Peyrefitte. Son livre est arrivé au bon moment, alors que les esprits étaient mûrs pour s’intéresser à la Chine.
Rappelons qui est Alain Peyrefitte, disparu en 1999. Brillant sujet, cet ancien élève de l’École normale supérieure et de l’ENA, anthropologue de formation et diplomate de carrière, a entrepris un double cursus, au service de la Recherche et au service de l’État, c’est-à-dire une carrière politique. À 36 ans, il est ministre du général de Gaulle (ministre de l’Information et de l’Éducation nationale, en 1968).
Durant l’été 1971, Alain Peyrefitte séjourne en Chine, à la tête d’une mission d’études, la première délégation officielle occidentale reçue à Pékin depuis le début de la révolution culturelle. Il visite aussi Shanghai et se rend dans six provinces chinoises (dans les villes de Xian, Wuhan, Hangzhou, Nankin et Canton). Il a l’occasion de s’entretenir à plusieurs reprises avec le Premier ministre chinois, Zhou En-lai. C’est ainsi que ce « rapport d’enquête sur l’état de la Chine » (une formulation au ton maoïste) devient un ouvrage de plus de 500 pages.
Au fil des années, M. Peyrefitte écrira de nouveaux essais sur la Chine (alternant avec des ouvrages politiques ou sociétaux). Dont l’également célèbre L’Empire immobile ou le choc des mondes (1989), suivi de deux gros volumes d’annexes, La Vision des Chinois et Le Regard des Anglais. Un troisième volume annoncé, L’œil des Missionnaires, ne verra malheureusement pas le jour. Ces ouvrages concernent l’ambassade britannique menée par lord Macartney (en 1793) auprès de l’empereur Qianlong. Puis ce sera La tragédie chinoise (1990) et enfin La Chine s’est éveillée (1996), son dernier livre sur la Chine, où il décrit le dynamisme retrouvé de toute une nation. La boucle est bouclée…
Alain Peyrefitte ne parlait pas le chinois et il ne s’en cachait d’ailleurs pas. On lui a parfois reproché de s’être entouré de « nègres », c’est-à-dire de collaborateurs extérieurs pour réaliser ses livres. Là encore, M. Peyrefitte n’a jamais prétendu les écrire seul. Il faisait appel aux meilleurs connaisseurs, à d’excellents traducteurs, à des sinisants réputés, ravis de l’aider par leur savoir, leurs conseils et avis.
  Une chose est sûre, tout leur précieux apport, toutes ces notes, remarques et documents que ces spécialistes pouvaient fournir, étaient dûment digérés, malaxés et réécrits par l’auteur en titre. Celui-ci faisait profiter le lecteur de son style limpide, à la fois simple et incisif, et de sa puissante faculté de synthèse, ajoutés à une vaste culture historique.
  Marianne Bastide-Brugière (directrice de recherches au CNRS et membre de l’Institut) n’a pas, en ce qui la concerne, participé à ces équipes de recherches, mais elle a relu attentivement les premiers jets et les épreuves de plusieurs de ses livres. Cette sinologue avertie, connue pour ses travaux sur la Chine moderne, confirme qu’Alain Peyrefitte s’entourait de spécialistes. Tels Robert Ruhlmann, son vieux camarade de la rue d’Ulm, professeur aux Langues’O (INALCO), qui l’a initié à l’histoire de l’Empire du Milieu.
  L’auteur a également eu recours aux services de Roger Darrobers, un jeune professeur en langue et littérature chinoise à l’université de Paris X Nanterre. Et aussi en ce qui concerne L’Empire immobile à ceux de l’historien Xavier Walter. Peyrefitte ne manquait pas de reconnaître ses dettes intellectuelles, avec honnêteté et modestie. Roger Darrobers, qui l’a accompagné en Chine pour les besoins de L’Empire immobile, se souvient par ailleurs de sa puissance de travail : « Il n’arrêtait pas de bosser, il ne perdait pas un instant. »
  Autre reproche que l’on a pu faire à l’auteur, celui d’avoir fait de la Chine de Mao un portrait idyllique et donné de son chef, Mao Zedong, une image complaisante. Marianne Bastide s’inscrit en faux contre ce qu’elle considère comme une malveillance. Si on lit attentivement ses livres, on constate aisément qu’il « n’entonnait pas le cantique du système parfait », assure-t-elle. Alain Peyrefitte, en effet, était honnête intellectuellement. Il s’efforçait seulement de « mettre à nu les ressorts fondamentaux de ce peuple et de cette révolution ». Pas plus que Voltaire en son temps, son propos n’était pas de diffuser « la religion du pouvoir politique chinois ». Peyrefitte n’approuvait pas tout ce qui se passait en Chine.
  Quelle fut la réaction du monde universitaire, des sinologues qui croyaient avoir le monopole de l’étude de la Chine ? N’ont-ils pas considéré qu’Alain Peyrefitte piétinait allègrement leurs plates-bandes et empiétait sur leurs prés carrés ? Citons à ce sujet Claude Lévi-Strauss, qui a accueilli le nouvel académicien sous la coupole, le 13 octobre 1977 : « Ce succès exprimé par des chiffres (le fort tirage de son ouvrage) en recouvre un autre, dont vous avez droit d’être encore plus fier, dit-il. Oeuvrant dans un domaine qui n’était pas le vôtre, mais constituait l’apanage de spécialistes souvent opposés entre eux par des divergences d’opinion et de méthode, vous avez pu constater qu’aucune voix discordante ne s’est élevée autour de votre livre. Même des professionnels, toujours sur le qui-vive pour défendre un territoire réservé, l’ont reçu avec des sentiments allant, selon le cas, de la bienveillance à l’approbation la plus chaude ».
  Alain Peyrefitte était fasciné par la Chine. Entre 1971 et 1999, il s’y est rendu dix-huit fois. Il ne manquait pas de rencontrer les personnalités chinoises de passage à Paris. Il s’est appliqué à communiquer cette passion de la Chine, à travers ses ouvrages, par ses conférences et entretiens et ses nombreux articles parus dans le Figaro et le Figaro Magazine. Il s’est employé à nous faire profiter de ses connaissances précises, de ses analyses et de ses jugements. En cela, la France et la Chine, au nom de leur amitié commune, peuvent lui en être éminemment reconnaissants.

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